9.11.10

150 - Super-empowerment

Dans un article du Monde intitulé Ces nouveaux Supermans qui déstabilisent les institutions, Yves Mamou établit un parallèle entre Jérôme Kerviel, Albert Gonzalez (un hacker condamné pour le vol et la revente de 170 millions de numéros de cartes de crédit) et Julien Assange.
Ces trois exemples signent l'émergence en ce début de XXIe siècle d'une nouvelle sorte de Superman. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, un simple individu, dénué des outils traditionnels de la puissance (armée, police...), sans charisme particulier, peut engendrer un désordre planétaire ou déstabiliser des institutions. Certes, il est arrivé dans l'Histoire que des individus articulent le cours des évènements autour de leur personne. Jeanne d'Arc, Raspoutine ou Gandhi, doués sans doute d'un charisme exceptionnel, ont pu agir sur la volonté des puissants ou des foules. Mais, avec les Kerviel ou les Gonzalez, voici l'avènement de Super-banal-men. Un Superman sans qualités. Les Américains ont inventé un mot pour désigner ces nouveaux individus : "super-empowerment". (1)
Il semble que ce soit Thomas Friedman, un journaliste américain, éditorialiste du New York Times, qui ait le premier employé l'expression "super-empowered" (il manque un mot en Français pour dire "coined" !). C'était à propos d'Oussama Ben Laden, et c'était... en 1998 !
President Clinton called Osama bin Laden's terrorist group ''a network not sponsored by any state, but as dangerous as any we face." Nothing better summarizes the most immediate threat to America today. It is not from another hostile superpower. There is none - for the moment. It is from super-empowered individuals, super-empowered angry men.
The super-empowered angry men have no specific ideological program or demands. Rather, they are driven by a generalized hatred of the U.S., Israel and other supposed enemies of Islam. Ramzi Yousef, mastermind of the World Trade Center bombing, was a super-empowered angry man. Osama bin Laden is another. (2)
Personne ne savait alors que cette idée de super-empowered angry men allait trouver en 2001 un développement aussi tragique et aussi spectaculaire. L'article de Thomas Friedman est daté du 22 aout 1998, soit 2 jours après que l'armée américaine ait tenté d'éliminer Ben Laden en représailles des attaques à la bombe contre les ambassades américaines de Dar es Salam et Nairobi. En 2002, il revient sur cet évènement dans le prologue Latitudes and longitudes, son livre sur 'le monde après le 11 septembre" :
Think about that : on one day in 1998, the United States fired 75 cruise missiles at bin Laden. The United States fired 75 cruise missiles, at $1 million apiece, at a person ! That was the first battle in history between a superpower and a super-empowered angry man. September 11 was just the second such battle. (3)
Dans les 3 cas cités dans Le Monde, comme dans celui de Ben Laden, ce qui permet à de simples individus d'acquérir un tel pouvoir, c'est le détournement de technologies trop complexes et trop ubiquistes pour qu'on puisse réellement les garder "sous contrôle" ou envisager de s'en passer.
What makes them super-empowered, though, is their genius at using the networked world, the Internet and the very high technology they hate, to attack us. Think about it: They turned our most advanced civilian planes into human-directed, precision-guided cruise missiles -- a diabolical melding of their fanaticism and our technology. Jihad Online. (4)
C'est la complexité qui semble le point crucial : en accédant à une complexité encore inédite, le monde des artefacts humains se rapproche du monde physique et peut être à son tour sujet à une forme d'effet papillon : un évènement d'apparence anodine peut y déclencher des phénomènes "catastrophiques" au sens de Lorenz.

Heureusement, pour le candidat Superman qui voudrait améliorer le monde plutôt qu'y mettre le feu, il existe la complexité technologique peut également être employée à des fins plus pacifiques... Par exemple, la cryptographie, depuis qu'elle a échappé aux seuls militaires, permet aussi à Wikileaks de fonctionner efficacement. Mais il y a encore plus simple...
Jody Williams won the Nobel Peace Prize in 1997 for helping to build an international coalition to bring about a treaty outlawing land mines. Although nearly 120 governments endorsed the treaty, it was opposed by Russia, China, and the United States. When Jody Williams was asked, "How did you do that? How did you organize one thousand different citizens' groups and non governmental organizations on five continents to forge a treaty that was opposed by the major powers?" she had a very brief answer: "E-mail." (3)

(1) Le Monde - Ces nouveaux Superman qui déstabilisent les institutions

4 commentaires:

JoëlP a dit…

Le problème, ce sont tous ces enfoirés de managers, de chefs et de soi-disant gouverneurs de la gouvernance qui croient gérer la complexité, parce qui'il savent plus ou moins faire marcher leur i-phone, créer des slides en powerpoint et faire trois multiplications sous excel, alors qu'en fait il ne comprennent pas grand chose. Il faut faire passer des tests d'aptitudes à tous les gros salaires en leur posant les questions que sont sensés résoudre leur subordonnés. Si leurs réponses ne sont pas compréhensibles on les virent.

Simplicity is paramount!

To coin : Forger (en matière de vocabulaire)
To empower : Habiliter
Super-empowerment : Abdication

jp a dit…

Bien; à quand un commentaire sur un mot récurrent dans la sphère universitaire et chercheuse: excellence. Filières d'excellence, pôles d'excellence, etc.

dvanw a dit…

Oulah !
Trop difficile...
Ca veut dire quoi, d'ailleurs, "excellence" ?

Aredius44 a dit…

Mais l'excellence, ce n'est pas ça ?
Super, hyper, big is beautiful, méga, tétra
La fabrique de l'excellence, on sait faire ! on peut fabriquer automatiquement des papiers de recherche et avoir un coefficient d'excellence élevé. Qui laisse faire !